J'ai plus envie de décevoir ton sourire. Promis. Je vais me donner le plus gros coup de pied au cul du monde. On verra jusqu'où je m'envolerais... Pourvu que ce ne soit pas trop loin de moi.
" Des fois, j'aimerais bien.
J'aimerais bien, retourner là bas. Retourner derrière ces yeux juvéniles, encore tout frais de n'avoir rien découvert. Retourner dans ce sourire, naïf et insouciant de vouloir tout découvrir. Retourner poser ces questions à la con, retourner m'habiller aux vêtements les moins chers et les plus pourris, retourner jouer à la marelle sous le porche, au basket dans la cour, au roller dans le garage, à robinson dans la cabane du jardin, à grimper dans les arbres et me gaver de raisin et de tous les fruits rouges qui croisaient ma route. A m'émerveiller, face au fait qu'on ai une piscine plus grande tous les ans - en réalité, c'était la même taille, mais les piscines à 200 francs de chez auchan ne sont pas réputées pour leur résistance (vous savez celles où y a des animaux dessus !). A attendre, prête à me ruer dans la cour de l'école, que ma mère ait fini de me faire mes lacets. A hurler tout les matins de douleur quand elle s'attelait à la lourde tache qu'était le démèlage des cheveux d'un gosse au réveil. A porter les pulls tricotés par mamie (quoique ça je le fais encore). A croire en la petite souris, et à vouloir à tout prix la choper dans la nuit. A m'appliquer à faire une zoile écriture pour la lettre au Père Noël. Et où je trouvais mes « petits ponts » bien faits.
J'aimerais bien, retourner à ce temps où on ne se pose même pas la question de « pourquoi on doit être bien habillés et souriant sur une photo », retourner à ce temps où j'étais toute fière de pouvoir lire des bouquins à mes camarades, à quand je jouais au magicien avec les jumeaux, à bouffer de la peinture et transporter des fourmis dans un bocal; à quand j'inventais l'histoire de Madis et Eco, un couple de portugais qui vivait dans un superbe appartement à Gouvieux (c'est véridique), à quand mon doudou c'était les étiquettes de vêtements, peluches, etc.. que je trouvais toutes douces; A quand je suçais mon pouce et comptais les rectangle sur ma couette. A quand je regardais tout le monde de tout en bas. A quand, à la question « quelle heure il est », je répondais toujours « 5 heures et demie ». A quand on se posait pas la question de blesser quelqu'un ou de l'aimer. A quand la seule interrogation qu'on avait c'était « t'es ma copine ? ». A quand on ne connaissait pas la mort et tout ces trucs là, à quand on est était invincible parce qu'on se gauffrait pas en descendant le talus de la cour de récré. A quand on était des archéologues, quand on avait des teuteutes en plastiques rouge, vert, bleu; quand on jouait aux billes chinoises, aux pogs; Quand on avait l'impression de faire des oeuvres d'arts pour la fête des mères, alors que c'était en réalité un gros pâté immonde. Qu'on apprenait en s'amusant. Qu'on était fans d'Hélène et les garçons et des snorkys, et aussi Denis la Malice et le bus magique ! Et les Gummies ! qui se souvient des gummies ?? Et puis Denver�
De quand j'avais peur de Beethoven (le chien !), et de mourir dans un accident dans un tunnel après avoir vu le film « Daylight ». De quand Sophie, la grande, m'avait tapé et fais pleurer et pis qu'elle m'avait insulté de crâneuse aussi... De quand on était amoureuses d'Anthony et qu'on lui avait fait chacune un gros smack. De quand on ne se plaignait de rien, et qu'on était comblé sans choses matérielles et superficielles. De quand on voyait le monde beau et magique, qu'on savait pas ce que c'était qu'une guerre, que le sexe, que le pouvoir, que la corruption, que la politique, que l'intolérance, que l'exclusion, que la souffrance, qu'on envisageait même pas qu'un homme puisse creuver sous un pont un soir de noël, qu'on pensait que les cigognes déposaient des bébés à ceux qui l'avaient demandés. Qu'on faisait des gateaux au chocolat dont tout le monde était satisfaits (z'ont pas osés me dire qu'il était trop cuit, les saligauds !), qu'on ne savait pas quelle était notre radio préféré et qu'on s'en fichait. Qu'on croyait que les premiers hommes sur terre, c'était nos parents, et que nos grands parents avaient vécus à l'ère des dinosaures (question que j'ai posé à ma mamie hein^^ j'invente rien !). Qu'on avait un super père bricolo et une mère chef cuistot, les meilleurs parents de la terre, parce qu'on croyait qu'ils avaient fait ça toute leur vie. Qu'on connaissait pas les soucis quotidiens, les factures, les emplois et les patrons-connards, les licenciements, les manifestations, que quand on était malade c'était Dieu qui nous punissait (« la gastro, c'est parce que t'as trop mangé de chocolat »). Qu'on connaissait pas les guerres de religions, et qu'on se disait que si Le Pen passait aux élections, on serait moins nombreux dans la classe parce qu'ils allaient tous rentrer « chez eux » (« mais si c'est pas ici, c'est où, chez eux ? »). Qu'on connaissait pas la Bible, le Coran et tout ces trucs là, qu'on trouvait ça chiant ce qu'ils racontaient les adultes, qu'on rêvait quand on allait au pays de Mickey et qu'on était super honorés de le rencontrer en vrai. Qu'on faisait de la balançoire, qu'on était toujours fourrés avec les gamins du coin, qu'on avait tous des têtes de pecnauds sur les photos de classe, mais avec le sourire, on était heureux d'être là. Quand on disait « métraiiiiiiiissse » pour appeler ladite, qu'on lui faisait des bisoux et des calins. Quand on posait nos fesses sur les minusucles W.C. et les toutes petites chaises en plastique beige; quand on disait qu'il fallait pas aller faire pipi parce qu'avec les produits de nettoyage ça brûlait, et qu'on s'imaginait qu'on aurait le « feu au cul » si on bravait l'interdit... quand on connaissait pas ce qu'on connaît aujourd'hui, le mot « con » et tout ces trucs là, qu'on était des pros de la corde à sauter et de l'élastique, qu'on ne connaissait pas le deuil, l'enterrement, l'incinération, les larmes, les adieux, la souffrance morale, les pleurs, les cris, la perte de ceux qu'on aime, la peur de les perdre aussi, je crois que c'est pire de vivre dans l'angoisse que d'être achevé. On connaissait pas le mot « divorce », on voyait pas ses parents tristes, on les imaginait pas faibles, on les imaginait pas l'un sans l�autre. On imaginait pas partir de là où on était, « déménager » aussi c'était un mot trop compliqué pour nous. "